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Vente de psychotropes dans les pharmacies : « Nous vivons dans un climat d’insécurité »

Vente de psychotropes dans les pharmacies : « Nous vivons dans un climat d’insécurité »

Messaoud Belambri, président du Syndicat national algérien des pharmaciens d’officine (Snapo). Entretien.

Le Snapo annonce une série d’actions de protestation pour ce mois de mai. Quelles sont vos principales revendications ?

Nous revendiquons plus de sécurité par rapport aux modalités pratiques dans le cadre de l’exercice de notre profession et la révision de la loi 04/18 portant sur la lutte contre les stupéfiants et les psychotropes. Il y a un projet de loi qui est prêt mais qui est au niveau du ministère de la Justice depuis plusieurs mois.

Nous dénonçons la condamnation de nombreux professionnels de la santé, des médecins et principalement des pharmaciens d’officine, à cause de produits qui ne sont pas officiellement classés comme psychotropes. Pas plus tard que la semaine passée, il y a eu deux condamnations malgré toutes les expertises et les avis officiels et juridiques. Et malgré les arrêtés et les jugements définitifs de la Cour suprême concernant toutes les affaires qui ont trait à ce genre de produits qui ne sont pas classés, on continue au niveau de certains tribunaux et cours de justice à condamner les pharmaciens à des peines de prison à cause de ces produits qui ne sont, je le répète, pas classés comme psychotropes. Cette semaine, on a eu deux condamnations, un médecin et un pharmacien qui ont été condamnés à 2 ans de prison. Il y a eu également une pharmacienne qui a écopé de 10 ans de prison sur la base de témoignages de délinquants, en l’absence de preuves directes.

Justement, quel est l’état d’esprit des pharmaciens aujourd’hui ?   

Nous vivons dans la peur. On sort le matin et on se demande si on va rentrer chez nous le soir. Si on va être tué ou si on va être emprisonné. De nombreux pharmaciens abandonnent la vente de ces produits. Nous vivons dans un climat d’insécurité et de peur. Au lieu que la justice nous protège, elle se met à nous condamner. Vous savez, quand une pharmacie ferme et c’est la famille qui souffre. La pharmacienne condamnée à 10 ans de prison, travaillait pour sa mère retraitée et sa sœur handicapée. On a trouvé des médicaments de sa sœur à la maison avec des ordonnances et un dossier médical, et on a considéré que c’était de la détention illégale de médicaments. Alors que ce ne sont même pas des psychotropes. Et on incrimine la pharmacienne parce qu’elle a donné ces médicaments à sa sœur.

On va dans une officine, on perquisitionne et on vous dit que c’est de la détention illégale de psychotropes ! Mais si on ne trouve pas des psychotropes dans une pharmacie où va-t-on les trouver ? Des pharmaciens ont été condamnés pour ‘’détention illégale’’ de psychotropes. Or, c’est le travail du pharmacien d’avoir des médicaments dont les psychotropes dans sa pharmacie.

Allez-vous arrêter la vente de médicaments psychotropes ?

Beaucoup de pharmaciens évitent désormais de vendre des médicaments psychotropes. Ils ne veulent ni témoigner ni participer à une enquête. S’il n’y a pas de protection, et si aucune mesure urgente n’est prise et de façon concrète pour notre propre protection aussi bien sur le plan juridique que sécuritaire, le Snapo n’exclut pas de lancer un appel officiel pour que les pharmaciens cessent de vendre ces produits.

Que faut-il faire en urgence ?

Ces produits doivent être classés officiellement par le ministère de la Santé et publiés dans le Journal officiel (JO). L’arrêté portant sur la classification de ces produits a été publié effectivement le 9 juillet 2015 par le ministère de la Santé, mais le SGG (Secrétariat général du gouvernement) et le ministère de la Justice se sont opposés à la publication des tableaux. Ce qui entraîne sur le terrain une totale confusion par rapport aux produits qui font l’objet de détournement.

Lundi, nous avons tenu une réunion urgente avec le ministre de la Santé qui s’est engagé à publier les tableaux et à reprendre les démarches avec le ministère de la Justice. Il s’est également engagé à réintroduire à nouveau au niveau du SGG l’arrêté avec une actualisation des listes. Cependant, le problème ne sera pas réglé. La problématique ce n’est pas l’inexistence des listes, celles-ci existent et sont officielles, mais elles ne sont pas opposables du fait qu’elles n’ont pas été publiées dans le JO. Même quand on les présente devant le juge, il vous dit que ces listes ne sont pas opposables parce qu’elles n’ont pas été publiées dans le JO,  alors que ce sont des listes internationales adoptées par l’Algérie.

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