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Un civil à la tête de la DGSN, une première depuis 24 ans

Un civil à la tête de la DGSN, une première depuis 24 ans

Ce mercredi 13 février 2019, Abdelkader Bouhadba Kara est devenu le quatorzième directeur général de la police algérienne depuis l’indépendance.

Il remplace à ce poste sensible le colonel Mustapha Lehbiri, nommé il y a seulement sept mois et demi. Le limogeage de Abdeghani Hamel en juin dernier aura donc marqué la fin d’une longue période de stabilité à la tête de l’institution.

Les nominations et les limogeages des DGSN le montre clairement : la stabilité à la tête de la police est tributaire de la stabilité politique du pays, ce corps de sécurité étant d’une extrême sensibilité puisqu’il a en charge la sécurisation des centres urbains (où vivent plus de 70% de la population), le contrôle des postes frontaliers et la sécurité des personnalités publiques, mis à part le président de la République et le Premier ministre. Les effectifs de la police dépassent actuellement les 20 000 éléments.

Dans les trois premières années de l’indépendance, quatre directeurs s’étaient succédé à la tête de la DGSN (Mohamed Medjad, M’hamed Yousfi, Tayebi Mohamed Belhadj dit Si Larbi et Yadi Mohamed Louassini).

Au lendemain du coup d’État de juin 1965, Ahmed Draia est nommé chef de la police et le restera presque tout au long du règne de Houari Boumediene. Il est remplacé en avril 1977 par El Hadi Khediri, qui lui aussi dirigera la police nationale pendant plus de dix ans. Khediri, nommé ministre de l’Intérieur en avril 1987, est remplacé par Abdelmadjid Bouzid qui aura à gérer notamment les événements d’octobre 1988. Il restera en poste jusqu’en juillet 1990.

Les 1990, c’est le début d’une longue période d’instabilité politique pour le pays et la DGSN n’en sera pas épargnée. Entre juillet 1990 et mars 1995, la police algérienne connaîtra trois directeurs. Bachir Lahrech, M’hamed Tolba et Mohamed Ouadah se succéderont dans cette période marquée par la montée des actes terroristes.

Le colonel Ali Tounsi, un ancien de la Sécurité militaire, nommé en juin 1995, établit un record de longévité à la tête de la police : 15 ans. S’il n’avait pas été assassiné dans son bureau par un de ses collaborateurs en février 2010, il aurait sans doute duré quelques années de plus.

Son remplaçant sera désigné en juin de la même année. Il s’agit du général-major Abdelghani Hamel qui restera en poste pendant huit ans, poursuivant l’œuvre de modernisation et introduisant notamment le concept de « gestion démocratique des foules » pour contenir les actions de protestation sociales ou politiques qui se font nombreux à partir de l’année 2011. Hamel a connu des moments difficiles en octobre 2014 lorsque des milliers de policiers ont entamé un vaste mouvement de protestation pour réclamer son départ et l’amélioration de leurs conditions de travail.

Juin 2018, à moins d’une année de l’élection présidentielle, les remous sont de retour au sommet de l’État. La découverte d’une invraisemblable quantité de cocaïne au port d’Oran fera l’effet d’un séisme et emportera de nombreux hauts responsables, civils et militaires. Le DGSN Abdelghani Hamel n’est pas épargné. Son chauffeur personnel étant cité dans l’affaire, le chef de la police commettra un énorme impair, le 26 juin, en déclarant à la presse que des dépassements avaient eu lieu dans l’enquête (menée par la Gendarmerie, dépendant de l’armée) et que « celui qui veut lutter contre la corruption doit lui-même être propre ». Il est limogé le jour même.

Pour le remplacer, on fait appel au directeur de la Protection civile, le colonel Mustapha Lehbiri. Durant son court règne, Lehbiri, 79 ans, a tenté de mener quelques changements, mais il s’y est pris d’une façon pour le moins maladroite. La médiatisation de l’opération de retrait de la garde rapprochée et d’autres avantages à d’anciens hauts responsables fut par exemple une erreur.

Le DGSN se fera désavouer plusieurs fois par les hautes autorités du pays. D’abord par le ministre de l’Intérieur Noureddine Bedoui qui annule, en septembre 2018, le limogeage du directeur de la PAF, puis carrément par la présidence de la République qui met son veto, en décembre, à un vaste mouvement dans le corps des chefs de sûretés de wilayas. Ce 13 février, il est donc remplacé sans surprise même si on ne sait pas encore si son départ, qui survient en pleine pré-campagne électorale est lié à son bilan ou à d’énièmes remous au sommet de l’État.

La nomination de Kara Bouhadba est aussi un événement phare en ce sens que c’est la première fois qu’un policier, donc un civil, est nommé à la tête de la DGSN depuis 24 ans. Le choix en 1995 d’un militaire pour diriger la police avait été dicté par les nouvelles missions assignées à ce corps, soit la lutte antiterroriste, ainsi que l’augmentation substantielle de ses effectifs et de ses équipements.

Malgré le retour de la paix, l’orientation fut maintenue avec la nomination de Hamel (ancien officier supérieur de la Gendarmerie) puis de Lehbiri (ex-colonel de l’ANP). Bouhadba a fait une longue carrière dans la police au sein de laquelle il a gravi les échelons et occupé de hautes fonctions, parmi lesquelles celles de directeur central de la police judiciaire et directeur de la formation et des écoles. Il a été admis à la retraite en 2016.

Son rappel entre-t-il dans le cadre de la concrétisation du projet d’édification d’un « État civil » maints fois évoqué par les proches du président de la République ?

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