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Stade de Tizi-Ouzou : le gaspillage de trop ?

Stade de Tizi-Ouzou : le gaspillage de trop ?

À l’interrogation sur la date de la réception du nouveau stade de Tizi-Ouzou dont les travaux de réalisation ont connu un énorme retard, vient se greffer depuis quelques semaines une question plus pertinente : l’infrastructure a-t-elle coûté trop cher ?

Dans sa dernière sortie publique, l’entreprise en charge des travaux s’est attardée sur les raisons qui ont fait que le projet a englouti jusque-là 50 milliards de dinars, soit plus de 350 millions d’euros.

En clair, le groupe ETRHB ne nie pas que le coût du stade est exorbitant. Il ne pouvait pas le faire du reste. Un journal suisse, que nul ne peut soupçonner d’inimitié envers Ali Haddad, venait de publier une petite comparaison avec d’autres enceintes sportives récemment construites dans d’autres pays pour conclure avec une précision helvétique que le futur stade de Tizi-Ouzou a finalement coûté les yeux de la tête à l’État algérien, même si la publication reconnaît qu’il « n’a rien à envier aux grands stades étrangers ».

De 228 millions d’euros initialement, il aura finalement coûté plus de 350 millions. Un surcoût de 30 % et un retard de quatre ans. Cela au moment où, rappelle le Matin, les stades de la Juventus de Turin et du Bayern Munich, deux grandes écuries européennes, ont coûté des montants raisonnables, 346 millions et 155 millions d’euros respectivement.

Le groupe de Haddad a réagi, fournissant une foule de détails et de raisons qui ont fait la différence. Concédons qu’il appartient aux seuls spécialistes de discuter du bien-fondé des arguments avancés par l’ETRHB, comme la nature du terrain, la mise en conformité avec les nouvelles normes FIFA, les quantités de béton et d’acier engloutis…

Mais, pour rester dans la comparaison, il y a des éléments qui, a priori, auraient logiquement tiré le coût du stade de Tizi-Ouzou sensiblement vers le bas. On pense au coût de la main-d’œuvre et au prix de l’énergie. Le SMIG en Algérie est à 18 000 dinars (130 euros), contre 1 500 euros en Allemagne. Pour le prix du litre de gasoil dans les deux pays, la différence est également énorme : 1.20 euro en Allemagne, 23 dinars (0.16 euros) en Algérie. L’électricité et l’eau sont aussi nettement moins chères en Algérie. On ne parlera pas ici des coûts des matériaux. Au risque de se répéter, il ne s’agit pas d’une expertise. Mais on ne peut ne pas se demander comment se peut-il que de tels avantages n’aient aucune incidence sur le coût global ? À 350 millions d’euros, l’infrastructure est déjà jugée trop chère, combien aurait-elle alors coûté sans tous ces avantages ?

À moins que le futur stade de la JSK ne soit aux standards supérieurs à ceux de grands clubs européens. Si tel est le cas, ce serait une incurie injustifiable de ceux qui ont décidé d’une telle dépense. Un joli stade de 30 à 40 000 places conforme aux normes internationales n’aurait-il pas suffi ? C’est d’autant plus incompréhensible que la tendance actuelle chez les grands clubs de la planète, même ceux qui financent leurs stades par le procédé du naming, c’est d’opter pour de petites enceintes pour des considérations de rentabilité.

Un petit stade est plus facile à remplir et à entretenir. C’est le cas de la Juventus justement, qui a démoli le grand (67 000 places) stade Delle Alpi, construit pourtant en 1990, pour ériger le Juventus Stadium avec une capacité de « seulement » 41 000 places. On parle là de l’un des plus grands clubs de la planète, ayant remporté plusieurs titres en Italie et en Europe.

La construction du stade de Tizi-Ouzou a été décidée dans les années du pétrole cher, au même titre que d’autres projets d’infrastructures d’envergure qui, aussi vitales soient-ils, ont été abandonnés en cours de route à cause de la baisse des recettes d’hydrocarbures. C’est le cas par exemple, pour rester dans la wilaya de Tizi-Ouzou, du grand CHU prévu dans la région de Draâ Benkheda. C’est d’autant plus inadmissible que l’unique CHU dont dispose la wilaya, qui est l’une des plus peuplées du pays, est hérité de la période coloniale.

Les autoroutes Fréha-Azzeffoun et Draâ El Mizan-Aïn El Hemmam ne verront probablement pas le jour de sitôt tandis que les travaux de la pénétrante qui reliera la wilaya à l’autoroute Est-Ouest trainent en longueur.

Beaucoup de villages de la région ne sont pas alimentés suffisamment en eau potable, ne disposent pas de gaz de ville, de pistes agricoles et on le constate quotidiennement à travers le nombre de fermetures d’APC et de routes auxquelles procèdent les habitants. À la place, on leur sert le gigantisme.

Les Algérois, confrontés à une kyrielle de problèmes, logement, transport, insalubrité, ne pourront-ils pas bientôt prier dans « la troisième plus grande mosquée au monde » ? Hélas, les autorités n’ont pas toujours opté pour les bons choix quand il fallait dépenser la manne inespérée générée par la hausse des prix du pétrole, durant les années 2000.

Dernier rappel utile : la décision de construire le nouveau stade de Munich, que le Bayern partage avec le TSV Munich 1860 fut avalisée par la population de la ville par référendum.

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