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Smail Lalmas : « Quand on parle de système, on parle d’hommes et de pratiques »

Smail Lalmas : « Quand on parle de système, on parle d’hommes et de pratiques »

L’Algérie a vu, une nouvelle fois, son déficit commercial se creuser à fin juin 2019 pour atteindre 3,18 milliards de dollars contre un déficit de 2,84 milliards à la même période en 2018. Que faut-il faire pour atténuer la dégradation de la balance commerciale ?

Smail Lalmas, expert en économie. On continue encore à croire que régler le problème du déficit dépendrait seulement de la régulation des importations et leur réduction. Or, équilibrer la balance reviendrait aussi à booster la production et le volet économique, c’est-à-dire créer de la richesse et susciter l’investissement.

C’est bien beau de réguler et maîtriser les importations, mais d’un autre côté, il faut développer la production et la diversifier de sorte à régler le problème des importations de façon technique.

Tout le monde a bien compris que l’économie nationale dépend à 70% des importations en termes de matières premières et de semi-finis, etc. Les ménages aussi dépendent beaucoup des importations. D’un autre côté, l’appareil de production est complètement à l’arrêt depuis déjà l’année 2018.

J’ai souvent dit que depuis 2018 nous sommes en pleine crise économique. Nous avons des difficultés à commercialiser nos produits parce qu’il y a un recul en matière de pouvoir d’achat et de consommation, en sus d’un climat d’instabilité qui s’est installé depuis pas mal de temps et du coup l’appareil de production est à l’arrêt.

Il n’y a pas d’équipe au niveau du gouvernement qui a pour mission de relancer l’économie. Cela va pousser à aller davantage vers l’importation et continuer ainsi à mettre la pression sur les réserves en devises.

Quels sont vos pronostics à propos de l’évolution du déficit ?

Cette année, nous avons enregistré encore un déficit important de 3,18 milliards de dollars un peu plus que celui de l’année passée, et je prévois que d’ici la fin de l’année il sera beaucoup plus important. Nous avons oublié que réguler la balance passait aussi par la production et par la diversification de l’économie.

Ce n’est pas avec ce gouvernement qui a prouvé sa faillite qu’on va pouvoir relancer l’appareil de production. Or, ce gouvernement n’a pas qualité de le faire, vu qu’il manque de crédibilité et la confiance n’est pas au rendez-vous.

Relancer l’appareil passera par le lancement de messages rassurants envers les investisseurs locaux et étrangers et même ceux issus de la diaspora

La diversification est-elle plus qu’urgente aujourd’hui ?

La diversification est plus qu’une nécessité car c’est celle-ci qui va nous permettre de nous éloigner de cette dépendance de la rente pétrolière. Elle nous permettra aussi de diversifier nos sources de recettes. Actuellement, nous sommes dépendants exclusivement des recettes pétrolières, et tout le monde s’accorde à dire que nous traversons une période de crise même sur le volet des hydrocarbures avec une chute des prix sur fond d’incertitude sur l’avenir de ces ressources.

Il est, dès lors, plus que de temps de penser à une diversification qui va nous permettre de nous éloigner de cette dépendance. Il ne faut surtout pas procéder d’une façon anarchique mais cibler des secteurs porteurs et qui présentent des avantages concurrentiels. Des secteurs sur lesquels on peut s’appuyer pour créer la diversification.

Quels sont ces secteurs porteurs ?

Je vais vous dire que personne ne peut répondre à cette question s’il n’y a pas un diagnostic réel qui est fait. En effet, c’est sur la base d’un diagnostic sectoriel lequel nous donne les points faibles et les points forts de chaque secteur qu’on va pouvoir se faire une vision et par conséquent fonder notre décision d’aller ou pas sur tel ou tel secteur.

Il faut donc passer par un diagnostic sectoriel pour déterminer quels sont les potentialités que présente chaque secteur. Et c’est sur la base des informations collectées de ce diagnostic qu’on peut prendre la décision de choisir les secteurs sur lesquels on pourrait bâtir notre stratégie d’aller vers la diversification.

C’est un travail qui aurait dû être fait depuis pas mal d’années. Personnellement, j’ai toujours dit que c’était la faute du système défaillant sur tous les plans, un système qui a engendré la corruption, les détournements, la fraude, le phénomène des harraga…etc. Et ce n’est pas avec ce même système qu’on va réussir à développer notre économie et réduire les déficits et préserver nos réserves de change.

Quand on parle de système, on parle d’hommes et de pratiques. La priorité c’est changer ces hommes et faire appel à d’autres avec de nouvelles pratiques afin d’aborder les problématiques dans le bon sens. Sinon les mêmes causes produisent les mêmes effets…

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