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Retraités entassés devant les bureaux de poste : à qui la faute ?

Retraités entassés devant les bureaux de poste : à qui la faute ?

C’est dans la crise que sont mises à nu les tares de tout système. Celle de l’épidémie du coronavirus qui frappe l’Algérie rappelle, à chaque solution envisagée, que le pays est à la traîne dans bien des domaines.

De nombreuses réformes et mises à niveau, si elles avaient été faites il y a quelques années, auraient permis aujourd’hui d’affronter la crise sanitaire avec plus d’atouts.

Les dirigeants successifs du pays ont préféré temporiser et ce n’est pas maintenant que l’épidémie a commencé à faire ses premières victimes que les lois et procédures peuvent être revues.

Pour la crise en cours, c’est déjà trop tard, mais il serait judicieux de réfléchir dès maintenant à de lourdes réformes dès que tout cela sera terminé, à commencer par une refonte enfin sérieuse du système de santé, géré par un département qui, depuis vingt ans, s’appelle officiellement « ministère de la Santé et de la Réforme hospitalière ». Le coronavirus a aussi le mérite de nous rappeler que beaucoup d’autres réformes doivent être déterrées sans tarder.

Les images vues ce samedi 21 mars devant les bureaux de poste auraient par exemple pu être évitées si la réforme bancaire longtemps promise avait été concrétisée et les moyens de paiement électronique généralisés.

Les scènes de retraités faisant la queue, en pleine psychose nationale, sont choquantes. Il s’agit tout de même de la frange la plus vulnérable à la maladie et les voir ainsi, entassés par dizaines dans des files d’attentes, sans observer la distance sociale préconisée, de surcroît par un temps pluvieux ou couvert dans plusieurs régions, a indigné les internautes.

Beaucoup ont crié à l’inconscience de ces seniors, d’autres à l’incurie des autorités qui n’ont pas prévu un dispositif spécifique pour la circonstance, sachant qu’elles ne sont pas sans ignorer que le 21 de chaque mois, c’est jour de paie pour les retraités.

On peut bien reprocher aux autorités centrales ou locales leur manque d’anticipation, mais aucunement à ces grands-pères d’être sortis retirer le petit pécule qui leur permettra non pas de s’offrir des folies, mais de survivre.

Le paiement et le commerce électroniques à la traîne

Tout le monde sait que les pensions de retraite sont majoritairement dérisoires, que les citoyens doivent faire une petite réserve de produits de première nécessité en prévision d’un éventuel confinement total et, surtout, nul n’ignore que, pour une grande partie des Algériens et quasiment pour tous les retraités, il n’y a pas d’autre moyen de disposer de son argent que d’aller faire la queue devant le bureau de poste.

Plusieurs années après son lancement, le paiement électronique en est toujours à l’état de chantier. En plus du secteur informel qui occupe une part importante de l’économie, des pans entiers de l’activité légale et bancarisée en sont encore à la manipulation physique des billets de banque.

Les cartes de crédit auraient rendu bien des services aux citoyens en cette période de crise. Beaucoup en disposent, mais sont quasiment à usage unique, soit le retrait de billets des distributeurs automatiques installés aux devantures des banques, faute de généralisation des terminaux de paiement électronique (TPE).

L’obligation faite aux commerçants de s’en doter au plus tard fin 2018 a été repoussée à fin 2019 puis apparemment abandonnée. Le cash demeure presque l’unique moyen de paiement, y compris dans les grandes surfaces.

Plus incompréhensible, la loi de finances en vigueur (LF 2020) a imposé le paiement de la TVA pour l’activité de commerce électronique au moment où des incitations étaient attendues.

Pour illustrer le retard accusé en la matière, cette vidéo qui fait le buzz sur les réseaux sociaux depuis quelques jours. Elle n’annonce pas la découverte d’un vaccin contre le méchant virus, mais juste un commerçant d’Alger qui propose aux gens de rester chez eux et de lui faire la commande de leurs besoins par Internet.

Un procédé qui, sous d’autres cieux, fait partie des gestes de la vie quotidienne. Confinement ou pas, on achète et on paie sans bouger de chez soi, du journal à la pizza pour le dîner du soir.

En l’absence de moyens de commande et de paiement à distance, le confinement généralisé, si l’évolution de la situation impose de le décréter, risque de s’avérer plus contraignant en Algérie qu’ailleurs.

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