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Quel avenir pour le gouvernement Bedoui ?

Quel avenir pour le gouvernement Bedoui ?

Trois ministres du gouvernement Bedoui, dont celui de l’Intérieur, ont été chassés samedi par la population à Béchar. Ce dimanche, c’est la population de Tébessa, à l’autre bout du pays, qui a signé au ministre de l’Energie qu’il n’était pas le bienvenu dans leur wilaya, selon plusieurs médias.

Survenant au lendemain de la répression des marches pacifiques de vendredi 12 avril, cette nouvelle forme de lutte est une réponse claire à la dérive répressive du pouvoir, et à son entêtement de vouloir imposer sa transition . Une manière de lui signifier que le peuple ne perd pas de vue ses revendications et ce ne sont pas les moyens d’action qui manquent pour les faire aboutir. En plus clair, empêcher les rassemblements publics ne réglera rien et si le pouvoir opte pour l’escalade, le peuple en fera de même.

Elle pose aussi de nouveau la question de l’avenir de l’Exécutif dont le départ est une des principales revendications de la rue. Nommé par Bouteflika le jour même où celui-ci a décidé de renoncer au cinquième mandat et de reporter l’élection présidentielle, le 11 mars, Noureddine Bedoui n’avait pas entamé sa mission de la meilleure des manières. Il devait constituer, en compagnie de Ramtane Lamamra comme vice-Premier ministre, un gouvernement de « compétences nationales » pour gérer la transition sous l’égide du président Bouteflika, comme prévu dans le plan initial du pouvoir.

Mais l’ancien ministre de l’Intérieur a dû faire face à un incroyable écueil : ses maroquins n’ont pas trouvé preneur. Il a fallu trois semaines et une entrée en scène de l’armée pour que son cabinet soit constitué dans l’urgence.

Un communiqué du MDN a signifié le 30 mars au président qu’il était temps de partir et celui-ci a nommé dès le lendemain les membres du nouveau gouvernement dans lequel se côtoient d’illustres inconnus, des ministres loufoques et des fidèles irréductibles du cercle présidentiel.

Une sorte de cadeau empoisonné à l’armée et au peuple, qui ont beau échanger les messages de fraternisation et réaffirmer qu’ils ont « la même vision pour l’avenir », mais butent sur la question du maintien des institutions et les hommes hérités de Bouteflika.

Trois vendredi de suite, le peuple a signifié son rejet des « trois B » et son refus de leur confier la transition, et l’armée rétorque à chaque fois qu’il faut faire avec pour ne pas sortir du cadre constitutionnel.

La Constitution prévoit une seule situation qui justifierait un changement de gouvernement durant la période de transition, c’est celle où le Premier ministre se porterait candidat à l’élection présidentielle. Mais même dans ce cas, il est remplacé par un de ses ministres et tous les autres membres du gouvernement restent en place.

Le respect du « cadre constitutionnel » cher au chef de l’armée ne laisse donc pas d’autre choix que le maintien de Bedoui et ses ministres, en plus de Abdelkader Bensalah comme chef de l’État par intérim et Tayeb Belaïz à la tête du Conseil constitutionnel.

Avec de tels personnages aux commandes de la transition, c’est d’abord la transparence de l’opération électorale à venir qui se trouve sujette à suspicion. Jusque-là, le chef d’état-major de l’ANP est resté inflexible sur la question. Mais qu’en sera-t-il maintenant qu’il devient évident que le maintien de ces personnages décriés risque de compliquer la situation et de mener au pourrissement et qu’il s’avère chaque jour un peu plus que le gouvernement ne peut pas assumer la mission qui lui assignée, soit la gestion des affaires courantes ?

À Béchar comme à Tébessa, les délégations refoulées sont pourtant venues porteuses de ce qu’elles croient des « bonnes nouvelles », soit des projets d’infrastructures dans des domaines aussi vitaux que ceux de l’eau, du logement, de l’énergie…

Qu’en sera-t-il alors lorsque des ministres iront prêcher les vertus du vote ? Il n’y a pas de doute que ce nouveau mode de contestation fera tache d’huile. Aucun ministre ne pourra aller à la rencontre de la population sans créer l’émeute et il va sans dire qu’aucune transition sérieuse ne peut se faire dans ces conditions.

Le sort du gouvernement Bedoui est peut-être définitivement scellé, du moins politiquement ; avec ce qui vient de se passer dans ces villes des deux extrémités du pays. La sortie du « cadre constitutionnelle » n’est sans doute pas loin, à moins que les tenants du pouvoir aient irréversiblement fait le choix de la voie du pourrissement.

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