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Militants et activistes sur Facebook : plusieurs condamnations à de lourdes peines

Militants et activistes sur Facebook : plusieurs condamnations à de lourdes peines

Malgré la crise sanitaire, la condamnation des militants du hirak et des activistes sur les réseaux sociaux se poursuit. Les auteurs de publications sur Facebook sont particulièrement ciblés et souvent après la procédure de comparution immédiate, de lourdes peines sont prononcées ou requises.

Comme cette lourde peine de 9 ans de prison ferme et un million de dinars d’amende requise, hier mercredi 20 mai, par le parquet du tribunal de Aïn Témouchent contre le détenu Hicham Sahraoui.

Selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD), Hicham Sahraoui est accusé d’outrage à corps constitué, atteinte à la personne du président de la République et utilisation de la tragédie nationale dans le but d’atteinte aux institutions de la République. Le verdict est pour le mercredi 27 mai.

Ce jeudi 21 mai, une autre très lourde peine, 5 ans de prison ferme, est requise par le procureur du tribunal de Bordj Bou Arréridj contre Ghessoul Chérif, apprend-on de l’avocat Seddik Mouhous.

Ghessoul est accusé d’avoir reçu des financements de l’étranger à des fins de propagande politique, incitation à attroupement, détention de documents destinés pour la publication. Le procès est en cours au moment où nous mettons en ligne.

Cette semaine, le CNLD a répertorié de nombreux cas de militants et activistes arrêtés, placés sous mandat de dépôt ou condamnés.

Dimanche, le tribunal de Mostaganem a condamné l’activiste Abdelhafid Ferah, incarcéré depuis le 31 décembre 2019, à une année de prison dont 6 mois ferme et une amende de 100 000 Da. Le procureur avait requis 2 ans fermes.

Lundi 18 mai, Abdelouahab Fersaoui et Brahim Daouadji, deux célèbres détenus du hirak, ont retrouvé la liberté après avoir été condamnés la veille à six mois de prison, ferme pour le premier, avec sursis pour le second. Mais le jour même, d’autres détenus moins connus ont écopé de peines plus sévères.

12 militants condamnés d’un coup

C’est le cas de Aimed Meharbache, condamné à un an de prison ferme par le tribunal d’El Aouinat (Tébessa). Le jeune activiste était poursuivi pour outrage à corps constitué et outrage et atteinte à la personne du président de la République. Le procureur avait requis 3 ans de prison fermes.

Toujours lundi 18 mai, Ilyas Bahlat a été condamné en appel à six mois de prison ferme par la cour d’Oran. Il ne quittera la prison que le 19 octobre prochain.

À Alger, l’activiste Soheib Debaghi a été condamné mardi en comparution immédiate à un an de prison ferme par le tribunal de Chéraga. Il est accusé d’incitation à attroupement, outrage à corps constitué et publications sur Facebook pouvant porter atteinte à l’intérêt national. Le procureur avait requis 18 mois de prisons ferme à son encontre, toujours selon le CNLD.

Le même jour, à El Bayadh, deux autres détenus, Larbi Tahar et Boussif Mohamed Boudiaf, sont lourdement condamnés : 18 mois de prison ferme et une amende de 100 000 Da, alors que le procureur avait requis 3 ans de prison ferme.

Boussif Mohamed Boudiaf est accusé d’ « outrage à corps constitué et publication de fausses informations pouvant porter atteinte à la sécurité et l’ordre publics ».

Tahar Larbi est, lui, poursuivi d’ « outrage à corps constitué, atteinte à la personne du président de la République et publications sur Facebook pouvant porter atteinte à l’intérêt national ».

À Chlef, mercredi 20 mai, ce sont 12 activistes qui ont été condamnés d’un coup : 18 mois de prison ferme pour Ali Chachou, une année de prison ferme et une amende de 50 000 Da pour Djilali Samet Benyoucef, Mohamedi Bouzina Youcef, Fayçal Halimi et Abderrezak Mokrane, 6 mois de prison ferme et une amende de 20 000 Da pour Mohamed Fehas, Hamouda Tayeb, Ali Omar, Youcef Khalil, Yazid Ghachi, Youcef Benidra et Bouchakour Rahmani Mohamed. Deux autres activistes, Bilal Danden et Lahmar Mohamed Amine, ont été relaxés.

Ils étaient poursuivis pour « atteinte à l’intégrité et l’unité nationale et incitation à attroupement non armé ».

« Des affaires qui n’ont rien d’urgent »

Au 19 mai 2020, le CNLD a comptabilisé 59 militants et activistes incarcérés, condamnés ou en instance de jugement. Le comité signale que dix personnes sont détenues sans jugement depuis le 1er mars 2019, accusées de destruction des biens publics lors des affrontements qui avaient émaillé les premières marches du hirak populaire. À noter que de nombreux procès programmés cette semaine ont été renvoyés pour impossibilité de les tenir en visioconférence.

Le 13 mai, le porte-parole de la Présidence de la République a donné une réponse au sujet de ces nombreuses arrestations.

« Pour les jeunes arrêtés, je dirai que certains ont pris l’habitude d’enfreindre la loi. Il est temps d’apprendre à respecter la loi. Cela dit, si quelqu’un se sent lésé, l’État est là pour le rétablir dans ses droits. Toutes les libertés sont ouvertes, mais la liberté doit s’accompagner de responsabilité », avait dit Mohand Oussaid Belaid.

Pour Me Mouhous, avocat de nombreux détenus d’opinion, dont Karim Tabbou, ces procès notamment ceux en comparution directe, n’ont pas lieu de se tenir car « ces affaires n’ont pas le caractère de l’urgence et il n’y a aucun danger qui pourrait découler de leur report ».

L’avocat relève aussi « une contradiction flagrante avec les instructions du ministère de la Justice concernant la rationalisation du recours au mandat de dépôt et à la comparution directe ». Il ne comprend pas non plus que se tiennent autant de procès en dépit de l’instruction ministérielle relative à la réduction de l’activité judiciaire à cause de la crise sanitaire.

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