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Les solutions improbables du gouvernement pour sauver les retraites des Algériens

Les solutions improbables du gouvernement pour sauver les retraites des Algériens

Le financement des retraites est devenu un véritable casse-tête pour le gouvernement. L’Exécutif doit désormais à chaque exercice budgétaire imaginer des moyens de procurer ce qu’il appelle pudiquement des « ressources complémentaires » à la Caisse nationale des retraites (CNR).

Le rapport entre les importations du pays et le système de retraite national était a priori improbable. Il avait pourtant été établi par la Loi de finances 2018. Les services des douanes appliquent depuis le début de l’année une taxe de 1% sur chaque opération d’importation. L’Article 105 de la Loi de finances 2018 précise que « le produit de cette contribution est perçu au profit de la Caisse nationale des retraites ».

Pour l’année 2019, le gouvernement a imaginé une nouvelle solution toute aussi improbable : mettre à contribution le Fond national d’investissement (FNI). C’est ce qu’a révélé hier mercredi devant les députés le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Mourad Zemali. Il a indiqué que le projet de Loi de finances 2019 autorisait le Fond national d’investissement (FNI) à octroyer des crédits au profit de la Caisse nationale des retraites (CNR) en vue de soutenir ses capacités de couverture des pensions de retraite et lui permettre de préserver ses équilibres financiers.

Le ministre a précisé que le PLF 2019 prévoit une nouvelle mesure autorisant le FNI à octroyer des crédits au profit de la CNR à des taux d’intérêt pris en charge par le Trésor public à long terme (jusqu’à 40 ans).

Des décisions qui se multiplient et constituent un signal dépourvu d’ambiguïté. La viabilité financière du système de retraite algérien est clairement menacée par de profonds déséquilibres structurels qui trouvent leur origine dans le fait que les ressources de la CNR ne se développent pas de façon proportionnelle à l’activité économique, principalement en raison du poids croissant de l’activité informelle. En substance, face à la croissance rapide des prestations, les cotisations ne rentrent pas suffisamment.

Des prestations proches de 11 milliards de dollars en 2018

Mourad Zemali a profité de son passage devant les députés pour rappeler quelques chiffres explosifs. Selon lui, la CNR a connu , depuis 2014, un déficit sans cesse “croissant”, passant de 155 milliards de dinars en 2014 à 336 milliards en 2016 et 479 milliards en 2017″. Il a ajouté que “l’affectation exceptionnelle de 500 milliards de dinars, octroyée en 2018 par l’état, dans le cadre de la préservation des équilibres du système de sécurité sociale, a permis le paiement des pensions de retraite”.

Suivant des chiffres communiqués hier par le ministre du travail, la CNR s’attend à verser 1282 milliards de dinars (plus de 11 milliards de dollars) en 2018 pour un nombre global de retraités ayant atteint 3,225 millions,

La dernière augmentation des pensions de retraite « décidée par le président de la République » a bénéficié à 2,8 millions de retraités et coûtera environ 20 milliards de dinars supplémentaires. Son application rétroactive à janvier 2018 est intervenue en mai dernier.

Le FNI et la planche à billets à la rescousse

Au titre de l’année 2019, le gouvernement préfère, prudemment, éviter des solutions impopulaires et se tourne plutôt vers ce que les responsables du secteur appellent par euphémisme « la recherche de financements complémentaires ».

C’est le FNI, en passe d’être érigé en véritable « vache à lait » des finances publiques nationales, qui va être mis à contribution de façon apparemment indolore l’année prochaine dans le but de consolider provisoirement les équilibres financiers de la CNR.

On peut rappeler que le FNI devrait également, suivant les informations données par le premier ministre lui-même, être sollicité massivement l’année prochaine, on parle de 300 milliards de dinars , pour contribuer au financement de programmes AADL.

Un rôle attribué tout récemment au FNI par le gouvernement qui semble décidément très éloigné de ses fonctions d’origine de banque de développement qui consiste à appuyer les programmes d’investissement des entreprises nationales publiques et privées.

Et pour cause, la dotation du FNI fait partie des trois usages possibles de la planche à billets dans le cadre de la loi sur le financement non conventionnel adoptée en octobre 2017. Ses ressources sont donc en apparence « gratuites » aussi bien pour le gouvernement que pour la CNR qui obtient, grâce à ce dispositif d’exception, des financements remboursables en 40 ans à des taux d’intérêt symboliques .

Un système vieux de 35 ans qui a atteint ses limites

Problème : cette opération ne pourra évidement pas être renouvelée chaque année. « Le système mis en place il y a 35 ans a atteint ses limites », avait affirmé le DG de la CNR , Slimane Mellouka. Il ajoutait qu’ « une réflexion est engagée à tous les niveaux et sur tous les paramètres pour étudier la faisabilité d’une réforme sans toucher aux droits des retraités ».

Quel seront les « paramètres » concernés ? Le DG de la CNR le suggère a demi mots : « le système actuel est très avantageux par rapport à beaucoup d’autres pays et difficile à réformer à cause de ce qui est considéré comme des acquis ».

Sur la table , il y a quand même clairement des propositions qui concernent l’âge de départ à la retraite , le taux des cotisations ou encore le nombre d’années retenu pour le calcul de la pension . A quelle date ces réformes entreront elles en vigueur ? En tous cas pas en 2019, année de l’élection présidentielle et probablement du 5e mandat de Bouteflika.

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