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Les attaques de Louh visaient-elles uniquement Ouyahia ?

Les attaques de Louh visaient-elles uniquement Ouyahia ?

Il y a des coïncidences qui ne doivent rien au hasard. Surtout en politique, où la synchronicité des événements cache souvent mal des actions concertées et des stratégies astucieusement mises au point.

Lundi 5 novembre, Tayeb Louh, ministre de la Justice, anime un meeting devant les représentants de la société civile oranaise, au cours duquel il devait, selon les prophéties de la presse, annoncer officiellement la candidature de Abdelaziz Bouteflika pour un cinquième mandat consécutif à la tête du pays.

Mais à défaut de tuer le suspense, le ministre de la Justice offre à l’assistance et aux médias quoi se mettre sous la dent : des attaques incompréhensibles et inhabituelles à l’encontre de son chef hiérarchique direct.

Le premier ministre Ahmed Ouyahia est traîné publiquement dans la boue par un de ses ministres qui, sans le citer, rappelle aux Algériens ses décisions impopulaires, heureusement annulées par la bienveillance du chef de l’État. Il assure aussi que celui-ci a donné des directives pour que ne se reproduisent plus « les abus » qui, dans les années 1990, avaient injustement fait passer des cadres intègres par la case prison. Une vieille casserole que traîne Ouyahia depuis sa première expérience de chef de gouvernement.

À première vue, il n’y a pas deux lectures possibles : agissant pour le compte du cercle présidentiel dont il fait partie, Tayeb Louh a tenté de neutraliser un acteur qui roulerait pour d’autres plans ou, plus grave, nourrirait lui-même des ambitions interdites.

Sauf qu’en fin d’après-midi, soit quelques heures seulement après l’engagement exprimé par le Garde des Sceaux, les cinq généraux-majors qui croupissaient en prison depuis trois semaines pour des soupçons d’ « enrichissement illicite » sont remis en liberté. La coïncidence est au moins troublante, si elle ne lève pas le voile sur un pan entier des événements vécus par le pays depuis le début de l’été dernier, dont le limogeage puis l’emprisonnement de hauts cadres de la hiérarchie militaire.

On ne peut ne pas souligner que la paternité des deux décisions, soit le bannissement des abus et la libération des chefs militaires, est clairement attribuée au président Bouteflika. Une manière de signifier que la présidence de la République n’est pas derrière la décision initiale d’engager des poursuites à l’encontre des généraux déchus ?

Si tel est le cas, la simultanéité des deux événements de ce lundi ne peut signifier qu’une chose : on tente d’en faire le reproche à une tierce partie, qui ne peut être le pauvre Ouyahia. On le sait, si le Premier ministre peut ordonner de jeter des cadres derrière les barreaux, il ne peut le faire pour des généraux, qu’ils soient intègres ou pourris jusqu’à la moelle.

Si l’on s’en tient à cette lecture, la décision de poursuivre et d’emprisonner cinq généraux-majors d’un coup a été prise ailleurs qu’au niveau de la présidence de la République. Plus clairement, on en déduit que la haute hiérarchie de l’ANP a agi sans le feu vert, encore moins l’injonction du chef de l’État. Ce qui ne fera que relancer les supputations sur les tenants et aboutissants du tsunami qu’a connu l’armée nationale depuis la découverte d’une importante quantité de cocaïne au port d’Oran.

Si la décision de mettre de nombreux officiers supérieurs à la retraite a été attribuée au président de la République, officiellement pour concrétiser le principe d’alternance aux postes de responsabilité, leur emprisonnement n’a été assumé par aucune partie. À ce stade, on ne peut préjuger de leur innocence ou leur culpabilité, sachant que la source qui a annoncé leur remise en liberté a pris le soin de préciser qu’ils l’ont été « en attendant la tenue de leur procès ».

On n’en est donc pas encore à reprocher à quelque partie que ce soit d’avoir « jeté injustement des cadres en prison ». Il n’en reste pas moins que leur libération sur ordre du président, le jour même où le ministre de la Justice promettait que plus jamais des « abus » ne se reproduiront, conformément aux orientations du même président, est assurément une manière on ne peut plus directe de désavouer et de montrer ses limites à celui qui a ordonné leur incarcération.

Reste à savoir à quoi rime tout cela et à se demander si tous ces soubresauts ne sont en fin de compte que les actes de la grande pièce qui se joue en ce moment même, celle de la présidentielle de 2019 et la bataille pour la succession. Bien sûr, si succession il y aura…

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