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L’échec réussi, l’étrange trouvaille de notre ministre du Travail

L’échec réussi, l’étrange trouvaille de notre ministre du Travail

Près de deux ans après sa désignation comme ministre du Travail, Mourad Zemali n’a initié aucune réforme et n’a produit aucune idée. C’est désormais chose faite pour « l’idée ». En tout cas, il a produit un joli oxymore en parlant, jeudi, des jeunes entrepreneurs bénéficiaires des crédits Cnas, Ansej et Angem et qui se déclarent dans l’incapacité de rembourser.

Leur faillite est une « réussite », a affirmé Mourad Zemali en annonçant l’arrêt des poursuites judiciaires contre les défaillants. « Les jeunes qui ont créé leurs petites entreprises et qui n’ont pas réussi, je leur dis que ce n’est pas une honte. Pour nous c’est même une réussite d’avoir essayé et d’avoir acquis une expérience », a osé le ministre.

Mourad Zemali aurait choisi un argumentaire philosophique qu’il aurait trouvé l’appui de penseurs pour lesquels l’échec et la réussite ne sont pas si antinomiques qu’ils en ont l’air et que l’échec peut même se révéler vertueux quand on réussit à rebâtir sur ses propres déconvenues. « L’échec est au fondement de la réussite », juge Lao Tseu, contemporain de Confucius. Mais tous les échecs ne sont pas vertueux. Ce n’est pas la même chose d’être un « raté » et de « rater » sa cible. Et c’est quoi l’échec sinon un rendez-vous manqué entre un projet et la réalité ?

Sans doute, le ministre de l’Emploi n’est pas remonté jusqu’au disciple de Confucius et sa sagesse pour justifier. Il semble plutôt pressé par l’actualité et le désir d’offrir des gages présidentiels au moment où il y a un besoin de mobiliser les jeunes pour l’élection d’avril. Ce qui préoccupe le pouvoir n’est pas le résultat du scrutin puisque les youyous de la victoire ont été lancés avant même que le prétendant se déclare mais la longueur des files d’attente dans les bureaux de vote. En cas de faiblesse, M. Zemali nous dira-t-il que le pouvoir a réussi à ne pas mobiliser.

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Quoi qu’il en soit, son annonce ne découle pas d’une logique économique, pas d’une décision politique. Elle s’ajoute à celles de toutes les dettes effacées et dont les bénéficiaires ne menaçaient pas de se suicider face à la perspective d’une ruine qui pointait.

Une logique économique impliquait de traiter les dossiers au cas par cas et non pas de prendre une décision collective. D’autant que nombre de projets étaient des faillites programmées par des promoteurs juste tentés par les crédits et que d’autres ont été détournés pour l’acquisition de biens personnels.

Et puisqu’on parle de vertus, rappelons que la transparence en est une. Pourquoi ne pas rendre public le fichier de tous les faillis qui auront bénéficié de cette générosité qui peut aussi être perçue sous l’angle de l’inégalité devant le crédit. Tant pis pour ceux qui ont bien géré et pu rembourser ? Si c’est le cas, ce sera juste une prime à l’échec.

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