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Le pouvoir face au piège de son escalade

Le pouvoir face au piège de son escalade

A bout de solutions et incapable de concevoir une issue politique à la crise incluant des concessions sérieuses à la population, le pouvoir tente maintenant la manière forte.

Vendredi 12 avril, huitième grande journée de mobilisation populaire, la gendarmerie et la police ont tenté d’empêcher les citoyens de marcher à Alger, la première en dressant des barrages filtrants sur les principaux axes routiers menant vers la capitale, la seconde en recourant à la répression des manifestants rassemblés pacifiquement au centre-ville. C’est la première fois en près de deux mois de manifestations publiques que les autorités ont recours à une telle brutalité.

A la place Audin, des bombes lacrymogènes ont été lancées sur une foule compacte, et jusque dans le tunnel des facultés, long de plus de cent mètres. Des blessés ont été enregistrés, dont des enfants et des femmes. Ce geste irresponsable aurait pu avoir des conséquences plus dramatiques.

L’argument invoqué par la hiérarchie de la police, à savoir l’infiltration de casseurs, ne tient pas la route à cause justement de cette simultanéité entre la charge sur les manifestants à Alger et le refoulement de citoyens qui tentaient de se rendre dans la capitale de leur pays au mépris des lois et conventions qui garantissent la liberté de circulation. La conjonction des deux actions cache mal une instruction ayant une origine commune. D’autant que durant les jours qui ont précédé ce huitième vendredi, des marches d’étudiants et de syndicalistes avaient été réprimées – sans qu’il soit fait état de casseurs ou d’autres individus malintentionnés -, tandis que, sur le plan politique, le pouvoir avait presque signifié l’irréversibilité de sa vision des choses avec l’adoption de la voie constitutionnelle et rien d’autre.

Il devient chaque jour un peu plus évident que les autorités n’ont pas désespéré de mettre fin au mouvement sans rien lui céder de significatif. Sa stratégie semble être de dissuader dans une première étape les gens de sortir en masse, et les récalcitrants seront plus faciles à gérer. Du moins, croit-on, car le mouvement a pris une telle ampleur qu’il relèverait d’une candeur infantile que de penser pouvoir le mater en faisant appel à la machine répressive du pouvoir, quand bien même elle est anormalement fournie en hommes et en matériel.

Une première preuve est venue, au lendemain même de cette dérive, de la lointaine Béchar, dans le Sud du pays, une contrée qui jusque-là n’avait rien d’un bastion de l’opposition au pouvoir en place.

Ce samedi 13 avril, les Bécharis ont tenté d’empêcher une délégation de trois ministres conduite par celui de l’Intérieur de mettre les pieds dans leur ville. « On ne veut pas chez nous d’un membre d’un gouvernement rejeté par le peuple », ont-ils signifié. Plus tard dans journée, les habitants d’El Abadla ont carrément chassé la délégation de trois ministres.

Le geste est plus que significatif. A l’adresse du pouvoir, il s’agit d’une réponse à son escalade de vendredi, d’un message qui n’a pas deux significations : le peuple a opté exclusivement pour les marches pacifiques mais il a d’autres cartes sous la manche qu’il utilisera au moment opportun. Noureddine Bedoui et tous ses ministres ne peuvent pas être sûrs de ne pas subir le même traitement partout où ils se rendront.

Il va sans dire qu’un gouvernement chassé par ses propres administrés ne peut se prévaloir de quelque légitimité.

Aussi, si des responsables de ce rang ne pourront pas se déplacer en dehors d’Alger, qu’en sera-t-il alors de l’opération électorale vers laquelle le pouvoir veut aller coûte que coûte ? Ou encore que pourront faire les services de sécurité si une grève générale est décrétée dans les secteurs névralgiques ? Au vu de la détermination des manifestants aux quatre coins du pays et parmi toutes les franges de la société, il n’y a aucun doute qu’un tel débrayage sera largement suivi et, surtout, impossible à casser.

Jusque-là, les marches de vendredi ont constitué une sorte de référendum autour des propositions que le pouvoir faisait dans la semaine. Ce huitième vendredi a apporté un autre enseignement que les autorités devront méditer : l’escalade de la contestation montera d’un cran à chaque fois que le pouvoir en fera de même.

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