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Interpellation d’un de ses journalistes par les « renseignements » : la folle matinée d’Ennahar TV

Smaïl Djerbal, journaliste du groupe Ennahar travaillant pour le site francophone Alg24.net, a été relâché sur ordre du procureur de la République, deux heures après son interpellation par « les services du renseignement », a annoncé la chaîne. La même source ajoute que le parquet s’est saisi de l’affaire après la diffusion des images de l’interpellation qui a eu lieu tôt ce matin devant les locaux de la chaîne de télévision à Alger.

Avant ce dénouement, Ennahar TV avait diffusé une conversation téléphonique entre son directeur général, Anis Rahmani, et le directeur du centre Antar de Ben Aknoun, relevant de la Direction des services de sécurité (DSS). Au cours de la conversation, enregistrée vraisemblablement la nuit dernière, le DG d’Ennahar évoque avec son interlocuteur, qu’il appelle « Smaïl », l’affaire de l’article du journaliste Smaïl Djerbal.

« Envoyez-lui une convocation et signifiez-lui l’infraction à travers la justice (…) Je suis choqué. Ils ont insulté Saïd (Bouteflika), personne n’a bougé, ils ont insulté le président de la République personne n’a bougé, on fait la comparaison entre Toufik et Bachir, c’est la fin du monde », dit Anis Rahmani en haussant le ton. Et lorsque son interlocuteur lui demande de retirer l’article controversé du site Alg24, Rahmani répond sèchement qu’il ne le fera pas.

« Je ne le retire pas. Il demande trop celui-là. Je confirme maintenant qu’il a un problème avec Ennahar », dit-il à propos de Bachir Tartag, avant d’ajouter, sûr de lui : « Je ne permettrai plus à personne de s’approcher de moi ». « Ce Bachir est allé trop loin. S’il te plait Smaïl, dis-lui d’arrêter ses provocations », demande Rahmani, en faisant allusion au général Tartag. Et quand son interlocuteur réitère sa demande de retirer l’article, il lâche : « Plutôt mourir ! Cite-moi une seule chose qui touche le service dans cet article et je le retire. Mais le retirer juste pour flatter Bachir, jamais. Je préfère mourir ». Une discussion surréaliste, avec parfois un vocabulaire cru que nous jugeons inconvenant de reproduire ici.

L’article en question a été diffusé sur le site d’information en ligne Alg24 et traitait de la crise à l’Assemblée populaire nationale. Intitulé « Où est passé le département de Tratag ? », l’article relevait que du temps du général Toufik, le DRS menait des médiations pour régler ce genre de conflits. « Interrogés par ALG24, des députés ayant accompli plusieurs mandats dénoncent cette absence d’une médiation à laquelle l’ex-département du général de Corps d’Armée Mohamed Mediène les y a habitués. Ils s’interrogent ainsi sur « où est passé le département de Bachir Tartag. »

Le journaliste Smaïl Djebbal a été interpellé vers huit heures du matin ce mardi devant le siège d’Ennahar TV à Saïd Hamdine, sur les hauteurs d’Alger. Immédiatement après, la chaîne a suspendu tous ses programmes pour diffuser en boucle l’information et les images des caméras de surveillance qui ont filmé la scène. Elle a fait notamment intervenir des juristes pour insister sur le caractère illégal de l’interpellation.

Vers neuf heures, c’est la conversation surréaliste entre le DG Anis Rahmani et le directeur du centre Antar qui est diffusée. Immédiatement après, elle a cessé de diffuser toute information relative au sujet, avant d’annoncer que le journaliste a été relâché après l’intervention de la justice.

 

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