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Gros coup de froid diplomatique entre l’Algérie et la Suisse

Gros coup de froid diplomatique entre l’Algérie et la Suisse

Entre l’Algérie et la Suisse, c’est le grand froid. De sources sûres, nous apprenons que l’Algérie a décidé de réduire au niveau le plus bas ses relations avec la Confédération helvétique.

L’origine de la brouille remonte à l’été dernier. Précisément depuis la décision de la justice de ce pays de rouvrir le dossier des poursuites à l’encontre du général Khaled Nezzar.

Bref rappel des principaux faits : Khaled Nezzar avait été interpellé en Suisse en octobre 2011 après une dénonciation d’une association suisse et deux plaintes déposées par des supposées victimes des années du terrorisme. Il avait été placé en garde à vue pendant 36 heures. Le 4 janvier 2017, le ministère public de la Confédération (MPC) clôt l’instruction et refuse de retenir la notion de conflit armé non international pour qualifier la situation régnant en Algérie durant les années 1990 et classe l’affaire. Mais le 6 juin dernier, le Tribunal pénal fédéral (TPF) annule l’ordonnance de classement reconnaissant qu’un conflit armé existait bel et bien en Algérie au début des années 1990 et que le Général Khaled Nezzar « était conscient des crimes massifs commis sous ses ordres ».

D’une extrême sensibilité, cette affaire a dès son déclenchement influé sur les relations entre les deux pays. En novembre 2017, le quotidien suisse Le Temps révélait déjà que le pouvoir algérien avait fait pression sur la Suisse afin que soient abandonnées les poursuites lancées contre le général Nezzar. « Une bombe à retardement », c’est le qualificatif utilisé par l’ambassadeur de Suisse en Algérie Muriel Berset Kohen pour décrire l’affaire. C’était en mars 2016 lors d’une réunion avec le ministère public de la Confédération helvétique qu’elle a alerté sur le fait que l’issue de l’affaire Nezzar représente « une bombe à retardement en ce qui concerne les relations bilatérales entre la Suisse et l’Algérie, un handicap que la Suisse aurait à gérer dans ses relations diplomatiques », selon une note du parquet suisse publiée par Le Temps.

L’affaire est « très importante pour les autorités algériennes » et a été abordée dès l’entrée en fonction de Mme Kohen en 2014, ajoute la note. « L’affaire du Général Nezzar est très sensible politiquement, en tant que le Général Nezzar incarne le choix fait par l’Algérie de lutter contre les terroristes pendant les années noires (…) Ce choix a été fait par le pouvoir qui est toujours en place actuellement, ainsi tant que ce pouvoir est en place, il n’y aura pas de changement de paradigme à ce niveau-là », estime-t-on dans le document.

Le jour même de l’annulation de l’ordonnance du classement de l’affaire, soit le 6 juin, Pierre Bayenet, avocat des parties plaignantes, affirmait dans une interview à TSA que « l’enquête sera élargie à la question des cimes contre l’humanité ».

Aussi sensible soit-elle, l’affaire Nezzar ne serait pas le seul point de discorde entre les deux parties. Les autorités algériennes seraient hautement contrariées par des critiques émanant de Suisse sur l’état des droits de l’homme dans le pays, notamment la question des migrants subsahariens.

Nos sources ne précisent pas en quoi se traduit la décision de l’Algérie de réduire ses relations avec la Suisse. Pour le moment, on n’en est pas encore au stade du rappel, ni même de convocation des ambassadeurs respectifs. Mais il semble bien que ce sont les relations économiques qui sont les premières à subir de plein fouet les effets de la crispation. Lors de la réunion citée plus haut entre l’ambassadeur de Suisse en Algérie et le parquet de son pays, la diplomate avait informé ses vis-à-vis qu’on lui « avait fait savoir de manière informelle qu’un dossier économique n’avait pas avancé en raison de cette affaire (Nezzar, ndlr) ».

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