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Derrière le pacifisme du hirak, la répression bat son plein

Derrière le pacifisme du hirak, la répression bat son plein

Une militante associative a été détenue pendant toute la journée de mardi au commissariat de Cavaignac à Alger. Nardjiss a été libérée vers 21h30, avec une convocation pour se représenter le lendemain au commissariat. Après avoir été interrogée une seconde fois, elle a finalement été relâchée, avant une prochaine convocation.

Son tort ? Avoir diffusé une vidéo sur les réseaux sociaux critiquant l’abandon d’un malade dans un hôpital d’Alger. Même si l’action de filmer dans un hôpital sans autorisation peut donner lieu à des poursuites, détenir une jeune militante pendant de nombreuses heures dans un commissariat s’apparente plus à un acte d’intimidation.

Nardjiss n’est pas un cas isolé. Sur les réseaux sociaux, les cas d’activistes arrêtés ou convoqués par la police ont explosé ces dernières semaines. Souvent, les poursuites sont liées au hirak mais, parfois, elles portent sur des activités anciennes, du temps où le Bouteflika était encore président.

Ces arrestations et convocations viennent s’ajouter aux dizaines de détenus d’opinion officiellement recensés, dont les plus connus sont les porteurs du drapeau amazigh et le moudjahid Lakhdar Bouregaa.

En apparence, six mois après son déclenchement, le hirak reste pacifique. Mais le pacifisme est surtout présent du côté des manifestants. Le pouvoir n’utilise certes pas des moyens de répressions directement contre la foule. C’est bien trop risqué pour lui. Mais les autres instruments de la répression tournent à plein régime.

La répression n’épargne personne. Venu début août en Algérie pour observer l’évolution de la situation dans le contexte du hirak, Ahmed Benchemsi, directeur de la communication et du plaidoyer pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord de l’ONG Human Rights Watch (HRW) a été détenu et malmené par la police, avant d’être expulsé. Mardi, HRW a dénoncé une « arrestation arbitraire ».

La répression concerne également les médias et les acteurs de la société civile impliqués dans le hirak. « Il n’y a aucun progrès démocratique depuis le 22 février sur le plan institutionnel. Je suis dans des organisations de la société civile, je suis dans le Syndicat algérien des éditeurs de la presse électronique et il est impossible d’avoir un lieu pour se réunir. Il n’y a rien qui a bougé », déplore El Kadi Ihsane, directeur du site Maghreb Emergent, dans un entretien ce jeudi à la radio RFI.

« Il ne faut pas qu’on se trompe. Un rapport de force a été créé entre le peuple et le pouvoir depuis le 22 février, qui fait que le peuple n’a plus peur, qu’il sort et qu’il affiche sa façon de voir l’avenir. Mais autrement, sur le plan institutionnel, on pourrait même dire que d’une certaine façon, il y a quand même une régression », ajoute-t-il.

Un constat partagé par Me Noureddine Benissad président de la LADDH. « D’un côté on nous parle de dialogue, qui reste une vertu démocratique, et de l’autre on assiste sur le terrain à un musellement des libertés de manière générale. À commencer par les manifestations durant lesquelles on continue à arrêter et à museler des citoyens parce qu’ils se sont exprimés soit sur les réseaux sociaux à travers des vidéos », explique-t-il dans un entretien à TSA, ce jeudi.

« Ce qui est outrageant, c’est qu’on plein hirak on ose encore museler les libertés et on nous parle qu’on va aller vers des horizons où il y aura plus de libertés ! Il n’est pas question de renoncer à l’exercice des libertés. Pour commencer tout dialogue il faut créer un climat démocratique en termes de respects des libertés individuelles et collectives et des droits de l’homme de façon générale », ajoute-t-il.

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