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Comment WhatsApp devient un outil de propagande pour les élections

Comment WhatsApp devient un outil de propagande pour les élections

Moins visible que sur Facebook, Twitter ou YouTube, la propagande politique fait aussi des ravages sur WhatsApp. En vue des élections générales en Inde, son premier marché, la messagerie instantanée propriété de Facebook, a annoncé cette semaine supprimer en moyenne 2 millions de comptes douteux par mois.
WhatsApp n’est plus épargné par les “fake news”. L’application de messagerie instantanée, rachetée par Facebook en 2014 pour 22 milliards de dollars, dit vouloir lutter contre les campagnes de désinformation récemment observées sur sa plateforme. En ligne de mire : limiter la propagande en vue des élections générales indiennes, qui se dérouleront en avril et mai prochains. Un dispositif qui pourrait aussi être utile pour les élections européennes de mai prochain…

Des émeutes en Inde à cause de “fake news” répandues sur WhatsApp

Avec plus de 200 millions d’utilisateurs, l’Inde est le premier marché de WhatsApp. Alors que 800 millions d’indiens sont éligibles au vote, ce scrutin sera un test grandeur nature pour la filiale de Facebook. Il revêt un enjeu particulier car l’application a été sous le feu de critiques virulentes l’été dernier, après que des émeutes et des lynchages aient éclaté en Inde à cause de rumeurs circulant sur WhatsApp à propos de kidnapping d’enfants.

Depuis New Delhi, WhatsApp a annoncé cette semaine se livrer à un grand nettoyage sur sa plateforme. L’application dit avoir supprimé en moyenne 2 millions de comptes douteux chaque mois au cours du dernier trimestre. 95% des comptes supprimés ont été repérés par WhatsApp – le reste étant des signalements d’utilisateurs, rapporte le Guardian.

Des techniques de “machine learning” pour repérer la propagande

En effet, la filiale de Facebook déploie des techniques de machine learning pour repérer l’envoi massif de messages et la création de comptes multiples. Les comptes nouvellement créés et qui adressent un très gros volume de messages, sont identifiés comme suspects car ils sont potentiellement automatisés. De même, les comptes dont le statut sur WhatsApp n’indique jamais “En train d’écrire” sont aussi jugés suspects, souligne le Guardian.

Ce type de compte est créé afin de diffuser en masse des campagnes de désinformation – les conversations de groupe étant limitées à 256 personnes maximum sur WhatsApp. Les comptes malveillants misent donc sur la viralité des contenus pour se propager rapidement de groupe en groupe. WhatsApp s’attaque à la suppression des comptes – et non aux contenus litigieux – car l’application est chiffrée de bout-en-bout. Concrètement, cela signifie que le contenu des messages échangés reste secret entre les membres de groupes de conversations… et que WhatsApp n’en connait pas la teneur. Il lui est donc impossible de repérer directement les contenus douteux. Pour tenter de limiter la propagation de “fake news”, l’application a annoncé en janvier limiter le partage de message à seulement cinq personnes ou groupes de personnes à la fois. Auparavant, un utilisateur pouvait partager un message jusqu’à vingt fois.

Des “fake news” plus visuelles, mais tout aussi virales

Contrairement à Facebook et Twitter, WhatsApp ne possède pas de fil d’actualité puisque l’application permet uniquement de réaliser des conversations privées en petits groupes. Il est donc plus difficile de mettre en avant des fausses nouvelles. Cette particularité explique pourquoi le fléau des “fake news”, ces fausses nouvelles virales apparues lors du Brexit en 2016 et amplifiées lors de l’élection présidentielle américaine, avait jusqu’ici relativement épargné WhatsApp. En effet, l’application n’avait pas été accusée de servir à la diffusion de propagande lors de la présidentielle américaine, contrairement à Facebook, Twitter ou encore Google et YouTube. WhatsApp revendique pourtant plus de 1,5 milliard d’utilisateurs. Environ 65 milliards de messages sont échangés tous les jours en moyenne sur la plateforme.

L’absence de fil d’actualités influe également sur le type de “fake news” diffusée via WhatsApp. Alors que les campagnes de désinformation sur Facebook et Twitter ont tendance à renvoyer vers des faux sites d’actualités, les “fake news” sur WhatsApp sont plus visuelles. C’est ce qui ressort d’une étude réalisée par le projet Comprova, réunissant une cinquantaine de journalistes, à l’occasion de l’élection présidentielle brésilienne en octobre dernier. Ce scrutin a été le premier cas d’école de propagande massive utilisant WhatsApp – le Brésil étant le deuxième marché de l’application. Dans un article du New York Times, les journalistes de Comprova expliquent avoir analysé “100.000 images à caractère politique” dans 347 groupes WhatsApp les plus populaires au Brésil. Parmi les cinquante images les plus virales au sein de ces groupes, 56% étaient de fausses informations, selon eux.


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