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Blocage Cevital, symbole de la difficulté de bâtir une économie diversifiée

Blocage Cevital, symbole de la difficulté de bâtir une économie diversifiée

Cela ne se passe qu’en Algérie. Un investisseur, Issad Rebrab en l’occurrence, acculé dans ses derniers retranchements, se voit dans l’obligation de recourir à la rue pour prendre à témoin l’opinion publique quant à l’injustice dont il dit être victime et espérer, enfin, lancer ces projets de plusieurs milliards de dollars bloqués, depuis plusieurs mois, pour on ne sait quelle raison.

C’est la cinquième fois que la Coordination des comités de soutien à Cevital appelle les citoyens à battre le pavé de la capitale des Hammadites pour dénoncer un sabotage en règle non pas de Cevital ou de la wilaya de Béjaïa seulement mais aussi de l’économie nationale.

La manifestation d’aujourd’hui, ayant bénéficié d’un large soutien de pans entiers de la société (partis politiques, organisations comme la LADDH, la JSK…) a drainé une grande foule estimée à plusieurs dizaines de milliers de marcheurs. Ce qui est énorme pour une action organisée en faveur d’un homme d’affaires.

Incontestablement, le groupe dirigé par Issad Rebrab a gagné la bataille de l’opinion publique et celle de la rue. A-t-il pour autant, réussi à faire bouger les lignes et à libérer ses multiples projets objets de blocages ? Non, du moins jusqu’à présent. On a même l’impression que les adversaires d’Issad Rebrab ont plutôt redoublé de férocité, comme en témoigne le blocage il y a quelques jours des équipements d’EvCon au niveau des Douanes.

Qui est derrière les mésaventures en cascade du premier investisseur du pays ? Ce dernier a d’abord accusé une « main invisible » qui serait derrière ses malheurs avant de pointer un autre doigt accusateur du côté d’une poignée d’hommes d’affaires sans aller jusqu’à citer des noms. Mais indépendamment de l’identité de la personne ou des personnes qui veulent coûte que coûte casser les reins du patron de Cevital, c’est l’acte qui est en lui-même scandaleux, voire criminel.

Dans cette affaire, ce n’est pas seulement Cevital ou la région de Béjaïa qui sont pénalisés mais c’est l’économie algérienne qui vient de subir un sabotage en règle. Les multiples projets touchés par les blocages ne sont tous destinés à être implantés dans la région de Béjaïa mais à travers plusieurs wilayas du pays (Tizi Ouzou, Boumerdès…). Leur concrétisation aurait certainement insufflé une dynamique économique à ces wilayas, avec la création d’emplois et l’émergence de plusieurs petites et moyennes entreprises de sous-traitance.

Mieux, les milliers d’emplois qui devaient être créés par ces projets auraient pu, à coup sûr, enrayer un tant soit peu le phénomène de la « Harga » qui reprend de plus belle ces derniers mois avec sa cohorte de jeunes engloutis par la mer, à la fleur de l’âge.

Autre chose : le pays connaît depuis 2014 une grave crise économique née de la chute des prix du pétrole. Les experts sont formels : les prix de l’or noir ne retrouveront jamais les niveaux d’avant 2014. En parallèle, les réserves de change fondent comme neige au soleil, et d’ici 2020 ou 2021, elles seront épuisées.

Comment fera-t-on alors pour tourner une économie dépendante à 96% du pétrole, faire payer les fonctionnaires et subvenir aux besoins d’une population qui dépassera alors les 45 millions ? La solution est toute simple : libérer les initiatives et encourager l’investissement privé et attirer le maximum d’IDE. Autrement dit, l’exact contraire de ce que le pouvoir fait aujourd’hui.

 

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