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Baisse du dinar et problèmes de visas : quel impact sur les vacances des Algériens à l’étranger ?

La dépréciation de la valeur du dinar aura-t-elle une incidence négative sur le flux de touristes algériens qui partent à l’étranger pour y passer leurs vacances d’été ? Pour Said Boukhelifa, président du Syndicat national des agences de voyages (SNAV), expert en tourisme et ancien conseiller au ministère du Tourisme, ce ne sera pas le cas, jugeant un tel scénario « alarmiste ».

« Je ne pense pas que cette année, il y aura un impact sur les inscriptions pour les voyages à l’étranger. À la limite, les nationaux vont sacrifier une journée. C’est-à-dire qu’ils vont passer dans leur lieu de séjour sept au lieu de huit jours. Ou encore de se passer de dîner dans leurs hôtels au lieu d’une pension complète ». Et d’ajouter : « Si la tendance baissière de la valeur du dinar persiste dans 2 à 3 ans, le nombre de sorties va alors baisser de 20 à 30% ».

Le directeur de l’agence Symphony Travel, Salem Badache, partage le même avis et assure ne pas détecter un quelconque reflux de la demande pour les destinations touristiques étrangères. « Pour l’instant, on n’a pas ressenti l’impact de cette dégringolade de la valeur du dinar. Durant la première quinzaine du mois de Ramadan, les touristes algériens viennent chez nous pour la prospection, découvrir les nouvelles offres et faire la comparaison », assure-t-il. « Il est vrai que les séjours reviendront un peu plus chers. Un euro est échangé cette année pour 215 DA contre 185 DA l’année passée, soit une perte de 30% de la valeur du dinar », fait-il remarquer avant de se reprendre : « Mais la demande est là. On n’a pas ressenti de réticence chez les clients. Cette baisse de la valeur du dinar ne semble pas les affecter ».

Qu’en est-il de l’impact des restrictions imposées par certains pays européens aux Algériens en matière de visas ? Là aussi, M. Badache n’a pas détecté un effet repoussoir. « Ceux qui ont un visa de circulation ne sont pas affectés. Par contre, ceux qui ont des visas court séjour sont quelque peu touchés. On est déstabilisé depuis le mois de mars avec le passage de TLS vers VFS qui ne s’est pas fait de manière automatique. Il y a eu des lourdeurs, une période de flottement », explique-t-il.

En réalité, les destinations les plus prisées par les Algériens ne sont plus l’Europe mais plutôt la Turquie, la Tunisie, l’Égypte et le Maroc. Le visa pour se rendre dans ces pays est une simple formalité pour certains (Turquie) ou est carrément supprimé (Maroc et Tunisie). « On ne sent pas qu’il y a crise, que ce soit pour les visas ou pour la chute de la valeur du dinar », conclut M.Badache.

À contre-courant de ces professionnels du secteur, Mohamed Bourad, expert en tourisme et ancien directeur du tourisme de la wilaya d’Adrar, estime, lui, que la dévaluation du dinar « aura certainement un impact ». « Le coût des monnaies étrangères au change va pénaliser les Algériens et le poste des loisirs est celui qui, généralement, en pâtit le plus la proportion. En fait, le nivellement se fera par le bas. Les grosses fortunes et ceux qui ont un fort pouvoir d’achat mettront toujours le prix qu’il faut mais c’est la classe moyenne qui va subir les effets de cette dévaluation. La baisse de sorties vers l’étranger serait entre 10 et 15% », soutient-il.

Pour appuyer son analyse, il cite la Omra de cette année qui, selon lui, « a connu des difficultés et des chutes de flux surtout en moyenne saison. Certaines agences ont été poussées à brader les prix ». De l’avis de M. Bourad, certaines destinations (France, Italie, Espagne, Portugal, etc.) recevront certainement moins de touristes algériens cette année. Le grand bénéficiaire de cette situation sera la Tunisie qui, selon lui, « offre des packs et offres en all inclusive imbattables ».

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