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Armée et corruption : la fin de l’impunité ?

Armée et corruption : la fin de l’impunité ?

Si ce n’est pas la première fois que des officiers supérieurs, parmi les plus puissants de l’ANP, sont traduits devant la justice militaire, jamais cela n’a concerné autant d’officiers supérieurs en même temps.

A peine deux mois après avoir été relevés de leurs fonctions en août dernier, cinq généraux-majors (Habib Chentouf – ancien commandant de la première Région – Saïd Bey – ex-commandant de la deuxième Région-, Abderrazak Chérif – ancien chef de la quatrième Région -, Nouba Menad -ancien commandant de la Gendarmerie nationale – et Boudjemaâ Boudouar -ancien directeur central des finances au ministère de la Défense nationale) et un colonel dont l’identité n’a pas été révélé, ont été convoqués ce dimanche devant le tribunal militaire de Blida où ils étaient entendus avant d’être placés en détention. Selon Ennahar TV, ils sont poursuivis pour enrichissement illicite et abus de confiance. Autrement dit pour corruption.

Tout le monde logé à la même enseigne

Comment interpréter l’incarcération des cinq généraux-majors et du colonel ? A moins de sept mois de la présidentielle, toutes les interprétations peuvent être faites mais ces hauts gradés vont surtout devoir s’expliquer sur les fortunes colossales qu’ils auraient amassées alors qu’ils occupaient des postes sensibles ou stratégiques. Selon nos informations, plusieurs centaines d’autres militaires, tous grades confondus, sont poursuivis pour des faits similaires.

L’avertissement adressé aux hauts gradés de l’armée est clair : plus d’impunité et personne n’est désormais au-dessus des lois. Sur le plan politique, cette offensive contre des généraux présumés corrompus devrait renforcer le président Bouteflika aux yeux de l’opinion publique nationale, à un peu plus de six mois de la présidentielle, et permet à l’armée de faire le ménage dans ses rangs. Elle permet également de répondre au possible motif d’inquiétude des partenaires étrangers de l’Algérie, craignant une trop grande porosité entre l’argent sale et l’armée. La perspective que l’argent mal acquis gangrène l’ANP doit donner des sueurs froides aux capitales étrangères.

Précédents

Ce n’est pas la première fois qu’un haut gradé de l’armée algérienne est poursuivi pour enrichissement illicite. La plus célèbre affaire de corruption dans laquelle un général-major était impliqué publiquement remonte au début des années 1990. C’était sous l’ancien président Chadli Bendjedid.

Le général major Mostafa Beloucif, ancien chef d’état-major de l’ANP, a été condamné en mai 1992 à 12 ans de prison ferme. Selon un rapport rendu public et transmis à la justice militaire, le haut gradé était accusé d’avoir touché aux deniers de l’État, d’occuper une maison par son seul bon vouloir et de l’avoir restaurée avec de l’argent puisé dans la caisse militaire. Le général-major Beloucif a toujours nié les faits et crié au complot. Il décède en 2010 à l’âge de 70 ans.

Ces dernières années, d’autres généraux ont eu maille à partir avec la justice militaire, mais pour d’autres chefs d’accusation et d’autres motifs. C’est le cas du général Hassen, de son vrai nom Abdelkader Ait-Ouarabi. L’ancien patron de la lutte anti-terroriste, réputé proche du général Toufik, a écopé de cinq ans de prison ferme en 2015, pour « des délits de destruction de documents et d’infraction aux consignes militaires ».

En décembre de la même année, l’ancien chef de la Garde présidentielle, le général-major Djamel Kehal Medjdoub, a été condamné à trois ans de prison ferme pour l’affaire dite de Zeralda. Un troisième général à la retraite, Hocine Benhadid, arrêté en 2015 et détenu à la prison d’El Harrach après des déclarations publiques, a été libéré neuf mois plus tard pour raisons de santé. En mars 2018, le tribunal de Sidi M’hmed le condamne à 1 an de prison avec sursis et 20 000 DA d’amende.

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