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APN : le FLN cède les commandes aux islamistes

APN : le FLN cède les commandes aux islamistes

Le fait est inédit en Algérie. Mercredi 10 juillet, vers 21h, Slimane Chenine, député du mouvement El Bina, a été plébiscité par la majorité des présents à l’Hémicycle Zighout Youcef d’Alger.

Les autres candidats issus des partis du pouvoir, comme Abderrahmane Si Afif ou Mustapha Boualègue, se sont retirés pour ouvrir la voie au « candidat du consensus ».

Durant l’après-midi, et pendant de longues heures, le FLN, parti de la majorité parlementaire, a tenté de faire de la résistance. Mohamed Djemai, secrétaire général du parti, est venu calmer certains députés qui n’acceptaient pas la situation qui se présentait devant eux.

« Nous avons demandé à ce que Saïd Bouhadja, injustement éloigné de son poste, reprenne la présidence de l’APN », confie une députée.

Said Bouhadja, remplacé par Moad Bouchareb entre octobre 2018 et juillet 2019 dans des conditions contestables, a refusé de repasser par le vote estimant qu’il est « le président légitime » de l’APN.

Après des échanges parfois vifs, le groupe parlementaire du FLN, pour éviter davantage de fissures, a décidé de soutenir la candidature de Slimane Chenine, présenté comme « un patriote soucieux des intérêts du pays ».

Chenine, qui évite les questions de la presse, devant la salle Rabah Bitat, où se sont regroupés les députés du FLN, est venu à deux reprises discuter avec les parlementaires du vieux parti. « Son discours est rassurant », observe un député FLN.

« Slimane Chenine reconnaît qu’il ne peut rien faire sans le FLN à l’APN. Cela va à contre sens de ce que dit Lakhdar Benkhellaf (du mouvement El Adala) que le dialogue national peut être mené sans le FLN », souligne Abderrahmane Si Afif.

Chenine fait partie du même groupe parlementaire que Lakhdar Benkhellaf, El Adala-Ennahda-El Bina (trois partis islamistes). Si Afif n’a pas manqué de rappeler que le FLN « contrôle » toutes les structures du Parlement.

« Il y a toujours des opportunistes qui se portent candidats »

Bousculé par les caméras, Belhadef Bensalem, député d’El Oued, lit une brève déclaration du groupe parlementaire du FLN appuyant clairement la candidature de Slimane Chenine.

« Bien que nous possédions la majorité, et dans l’intérêt de l’Algérie et de la continuité de ses institutions, les députés du FLN ont décidé de céder leurs droits », est-il relevé. Il est demandé au nouveau président de l’APN de ne pas traiter «quelles que soient les circonstances » avec « les députés qui se sont rebellés » à l’intérieur du groupe parlementaire.

Dans une brève déclaration à la presse, Mohamed Djemai cite le nom de Mustapha Boualegue, ancien Mouhafedh d’Alger, qui a décidé de présenter sa candidature à la présidence de l’APN sans l’aval du parti. « Il y a toujours des opportunistes qui se portent candidats. Chez nous au village, on dit que la brebis qui sort du troupeau sera avalée par le loup », a-t-il dit.

Dans les coulisses de l’APN, Mustapha Boualegue est présenté comme un proche de Moad Bouchareb, président démissionnaire, qui serait entouré d’une trentaine de députés du FLN, animés par un esprit de dissidence.

« Nous sommes conscients que la prochaine période sera importante »

« Nous nous sommes inscrits dans un processus depuis que nous avons décidé de décharger Moad Bouchareb de ses fonctions de président de l’APN. C’était une réponse à la demande du hirak populaire. Nous sentions que nous étions responsables dans la mesure où il s’agit d’un député du FLN. Nous avons assumé notre responsabilité. Ce processus continue. Nous n’avons pas le droit en tant que jaloux de la stabilité du pays d’aller à l’encontre de cette nouvelle vision qui s’inscrit en droite ligne dans la recherche de solutions pacifiques à la crise que traverse le pays en essayant de réunir les garanties de réussite du processus de transition démocratique et notamment le dialogue national», détaille Abderrahmane Si Afif pour expliquer la position du FLN.

Selon lui, il est difficile de se dessaisir d’une majorité au profit d’un groupe parlementaire minoritaire et « qui a des positions opposées à celles du FLN ».

Sans hésitation, le RND a décidé de soutenir Slimane Chenine dès la matinée. Fouad Merabet, président du groupe parlementaire du RND, a estimé que ce soutien s’explique par la période exceptionnelle que traverse le pays actuellement.

« En vue de faciliter la recherche de solutions à la crise, de répondre aux demandes légitimes de la population et de contribuer à la stabilité de l’institution parlementaire, nous avons décidé d’appuyer Slimane Chenine. Nous sommes conscients que la prochaine période sera importante surtout que nous partons vers un dialogue national consensuel et vers une élection présidentielle. Au RND, nous soutenons l’opposition qui a toujours voulu avoir une voix à l’intérieur du parlement », a-t-il déclaré

Boycott du MSP

« Nous boycottons cette séance et nous ne sommes pas concernés par ce qui se passe à l’intérieur. C’est en prolongation de ce que nous avons décidé auparavant avec le gel de nos activités jusqu’au départ des 3 B (Bensalah, Bedoui, Bouchareb). Nous nous attendions à ce que le pouvoir change ses méthodes et n’impose pas le fait accompli. Rien n’a changé, le pouvoir exécutif domine toujours le pouvoir législatif. Ce Parlement doit disparaître. Il est le résultat de la fraude », a souligné, de son côté, Ahmed Sadok, président du groupe parlementaire du MSP.

Au moins 70 députés ont, selon lui, des rapports avec des affaires de corruption. « Ce Parlement a brûlé le dos des Algériens avec le fouet de certaines lois iniques. Il doit partir même si nous comprenons la nécessité de le maintenir temporairement pour voter l’amendement de la loi électorale, la loi sur l’information et la loi sur les partis et le texte portant création de l’Instance indépendante d’organisation des élections. Le prochain président de la République doit organiser des élections législatives anticipées pour désigner un Parlement réellement représentatif qui imposera le contrôle sur le gouvernement quel qu’il soit», a-t-il proposé.

« Aucun groupe, quelle que soit la force de sa voix, ne peut, à lui seul, régler la crise du pays »

Prenant la parole après la séance du vote, Slimane Chenine a parlé de moments historiques. Il a salué l’adoption par les groupes parlementaires d’expressions « dont l’Algérie a grandement besoin » : « concession, consensus, le travail commun et la réponse aux demandes du peuple ». « Nous avons adopté aujourd’hui, une nouvelle approche dans le traitement de la crise que connait le pays. Les Algériens peuvent se rassembler en dépit du nombre pour sortir de la crise. Nous sentons tous que l’Algérie a besoin de tous ses enfants. Aucun groupe, quelle que soit la force de sa voix, ne peut, à lui seul, régler la crise du pays. Que l’opinion publique nationale et tous les observateurs soient témoins de cette nouvelle expérience démocratique, d’après laquelle il est possible de présider l’Assemblée, même si on est minoritaire », a-t-il déclaré.

Et d’ajouter : « Nous devons redonner espoir et faire en sorte que notre peuple fasse confiance aux institutions de son Etat. Nous soutenons le hirak populaire pacifique, salué d’une manière officielle en Algérie, et apprécié à l’étranger. Nous soutenons aussi l’ANP et exprimons notre fierté par rapport à la position de son commandement ».

Il a rappelé les déclarations du vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’ANP, le général de corps d’armée Ahmed Gaid Salah à propos de « la volonté claire » de lutter contre la corruption et de la protection du hirak de « toutes formes d’infiltrations intérieures ou extérieures ».

« Cela a redonné espoir aux Algériens de construire un Etat démocratique et une justice indépendante », a-t-il dit.

Slimane Chenine a clôturé après, d’une manière officielle, la session parlementaire de cette année. La convocation d’une session extraordinaire durant l’été n’est pas à écarter compte de la conjoncture politique.

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