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Aigle Azur, une opportunité à saisir pour l’Algérie

Aigle Azur, une opportunité à saisir pour l’Algérie

CONTRIBUTION. Le redressement judiciaire d’Aigle Azur avec des milliers de passagers abandonnés à leur sort dans les aéroports algériens et français notamment, devrait amener la communauté algérienne établie en France, grâce à laquelle cette compagnie s’est développée et a prospéré, à s’interroger sur les raisons de ce désastre économique.

C’est aussi l’occasion de réfléchir, loin de tout fatalisme, à l’ébauche d’un projet alternatif de transport aérien entre les deux pays. Cette initiative aurait pour finalité d’assurer la continuité de service dans des conditions économiquement pérennes, garantissant un retour sur investissement normal pour ce type d’activité à l’actionnariat, sans pour autant saigner les économies de notre diaspora.

Trop longtemps, en effet, celle-ci a souffert d’arrangements tarifaires entre transporteurs, frisant l’illégalité au regard du droit communautaire, sous les regards complaisants des autorités de l’aviation civile des deux pays, dont les intérêts de part et d’autre de la Méditerranée, ne sont pas forcément communs d’ailleurs.

Je voudrais faire un bref rappel des conditions dans lesquelles Aigle Azur a investi le marché algérien.

Née au lendemain de la deuxième guerre, Aigle Azur est restée longtemps une compagnie sans envergure jusqu’à sa prise de contrôle au début des années 2000 par Arezki Idjerouidene. Celui-ci, doté d’un flair entrepreneurial indéniable et bénéficiant de solides soutiens dans les cercles de pouvoir algériens d’alors, a donné á la compagnie son essor jusqu’à atteindre le statut de deuxième compagnie française avec deux millions de passagers transportés dont près d’un million sur le seul axe Algérie-France.

Ce développement largement soutenu a pu freiner l’essor du pavillon national algérien, et tuer dans l’œuf l’ouverture du Ciel aux initiatives locales, condition d’une concurrence saine dont le client aurait été le premier bénéficiaire.

M. Idjerouidene avec beaucoup de lucidité s’est retiré du capital au profit d’investisseurs chinois, qui ont fourvoyé la compagnie dans l’ouverture de lignes au long cours durablement déficitaires qui ont mené à la déroute actuelle.

Cette aventure aura mis en évidence l’existence d’un marché dit ethnique sur l’Algérie qui attirera inévitablement les convoitises ou sera redistribué aux transporteurs historiques que sont Air Algérie et Air France avec toujours les mêmes pratiques tarifaires exorbitantes qui évidemment, se feront au détriment de notre communauté.

Pour rappel, nos voisins immédiats ont intelligemment ouvert leur ciel aux compagnies low-cost qui permettent des déplacements sur des trajets équivalant à Paris Tamanrasset pour quelques dizaines d’euros!

Le scénario de recaptation inique d’une clientèle prise en otage par un monopole binaire qui ne veut dire son nom n’est pas pour autant incontournable. Il en existe un autre inspiré du modèle mutualiste, qui au travers d’une souscription publique ciblant de manière ouvertement préférentielle le petit actionnariat au sein de la diaspora algérienne, pourrait permettre le lancement d’un projet alternatif performant et commercialement crédible.

On peut considérer par exemple que contre la promesse de tarifs promotionnels sur une période de lancement, cette offre suscitera un engouement certain au sein de notre émigration. Les porteurs de ce projet devront néanmoins, le temps étant compté au regard des pressions qui ne manqueront pas de s’exercer sur l’Aviation Civile française pour la redistribution des créneaux de décollage/atterrissage d’Aigle Azur, s’interdire l’amateurisme et recourir aux services d’une banque d’affaires rompue aux exercices de levée de fonds, que ce soit de fonds propres ou des crédits d’investissement ou d’exploitation.

Comme il n’est point interdit de rêver, il n’est pas exclu que la compétence enfin arrivée au pouvoir à la faveur du soulèvement populaire en Algérie, un investisseur institutionnel public ou privé de droit algérien apporte son soutien, dans son intérêt bien compris et dans la limite des plafonds autorisés par la Loi, à ce projet; ce qui ne serait qu’un juste retour des choses, au regard des recettes et dividendes transférés annuellement par les compagnies étrangères, grevant lourdement la balance algérienne des services au point d’accumuler un déficit annuel de l’ordre de 12 milliards de dollars, en téléphonie et transport aérien, sans que cela interpelle les consciences de nos responsables à ce jour.


*Docteur Rafik Hassani est ancien député de l’émigration


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