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Affaire de la prière : ce qui s’est passé au lycée algérien de Paris

Affaire de la prière : ce qui s’est passé au lycée algérien de Paris

Le champ sémantique de la religion en Algérie est en train de s’enrichir d’une nouvelle pratique. Celle de “salat zkara” – ainsi désignée sur les réseaux sociaux –  que des enseignants conduisent dans certains établissements scolaires en signe de défi à la ministre de l’Éducation nationale.

Mme Benghabrit est coupable à leurs yeux d’avoir apporté son soutien à la directrice de l’école algérienne de Paris qui a interdit la prière dans les murs de l’établissement.

“On va à l’école pour étudier et non pour prier”, a tancé la ministre après la mise à pied d’une élève surprise en position de prière dans un coin de la cour du lycée Malek Bennabi, dans le très chic 16e arrondissement de Paris. L’établissement en lui-même est un élégant hôtel particulier construit en 1906 pour le peintre Lucien Simon, détaille son site internet.

De quoi s’agit-il ? TSA a essayé d’en savoir plus.

Le récit est reconstitué par des parents selon lesquels le lycée compte une cinquantaine d’élèves, avec des classes d’une dizaine au maximum.  Parmi eux, des filles portent le voile et d’autres non.

Le 17 janvier, Aïcha, une élève de Première est donc surprise par un surveillant en train de faire la prière. Alertée, la directrice décide de la sanctionner en lui infligeant une mise à pied de trois jours. Le père qui a été convoqué a refusé de signer une reconnaissance de la faute reprochée à sa fille.

Choqués par la sanction imposée à leur camarade, les élèves décident de se mettre en grève. Pendant deux jours, ils refusent de rejoindre les classes et se rassemblent devant le lycée.

Loin de fléchir, la directrice affirme au contraire sa détermination et implicitement une position laïque. “La prière n’est pas autorisée dans l’enceinte de l’établissement”, fait-elle afficher le 27 janvier sur les portes et les murs des classes.  Les affiches circulent sur le net. Elles sont retirées, visiblement par peur d’un scandale qui ne sera finalement pas évité.

Jusqu’à cette date du 17 janvier, les élèves pouvaient-ils faire la prière ? Le décret de création de l’école algérienne ne mentionne rien à ce sujet. Et il n’y a pas de règlement intérieur, assurent les parents.  Il s’agissait donc d’une interdiction tacite, contournée par une pratique discrète de la prière.

“Pendant la pause déjeuner, les pratiquants vont dans les classes et prient en étant assis sur la chaise comme le font les usagers d’un avion ou les malades”, expliquent les parents rencontrés. “Il n’y a pas de scènes où l’on voit des élèves se rendre aux ablutions, circulant en tongs dans les couloirs”, selon eux.   C’est après avoir trouvé les portes des salles closes que Aïcha est allée prier dans un coin de la cour, assurent-ils.

Face au contentieux qui se noue, les parents font appel au président de l’Observatoire nationale de l’islamophobie, Abdallah Zekri. Cette figure des musulmans de France leur fait tout de suite savoir qu’il ne s’agissait pas d’un acte islamophobe. “Je connais personnellement la directrice. C’est une femme compétente et ouverte au dialogue”, déclare-t-il à TSA.

M. Zekri appelle au calme mais cela ne l’empêche pas de noter une absence de règlement intérieur qui aurait pu servir de cadre de règlement à ce problème.

“C’est une école qui appartient à l’État algérien dont l’islam est la religion d’État”, rappelle-t-il. “Si on accepte d’inscrire les filles en hidjab, il faut penser qu’elles peuvent vouloir faire leur prière au lycée”, remarque un parent.

Il rappelle que même les écoles françaises de droit privé ne sont pas soumises aux règles de la laïcité qui s’appliquent uniquement à l’école publique.

Contactée, la directrice Nadia Messaci n’a pas souhaité s’exprimer. “Elle n’est pas habilitée”,  a-t-elle fait savoir par son secrétariat.

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